Rapport établi pour la :
Direction générale des affaires publiques
Agence du revenu du Canada
RAPPORT FINALE
Décembre 2009
POR# 022-09
Numéro de contrat 46558-108944/001/CY
Préparé par :
Sage Research
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L'Agence de revenu du Canada (ARC) a déterminé qu'elle devait comprendre les facteurs qui ont une incidence sur l'observation des exigences en matière de paiement et de production de la part des contribuables et les répercussions de ces facteurs sur les comptes débiteurs. Les bases de données administratives de l'Agence sont limitées quant à la capacité d'expliquer les motifs qui incitent les particuliers qui doivent des impôts à ne pas les payer ou à ne pas produire leur déclaration à temps. Les objectifs de la recherche étaient les suivants :
Cette recherche permettra à l'ARC de mieux comprendre les motivations des contribuables en ce qui concerne leurs dettes fiscales, ce qui, conséquemment, aidera l'Agence à élaborer des stratégies et des communications visant à inciter les Canadiens à respecter volontairement leurs obligations fiscales.
On a tenu huit groupes de discussion entre les 22 et 29 septembre à Halifax, Montréal, Toronto et Saskatoon. Deux des groupes se composaient de contribuables visés par le versement d'acomptes provisionnels et les six autres regroupaient des contribuables qui ont habituellement des impôts à payer à la date limite de production des déclarations. Tous les participants avaient effectué un paiement tardif au moins une fois au cours des cinq dernières années et s'étaient donc vu imposer des intérêts. Dans chaque groupe de discussion, au moins un participant avait également produit une déclaration de revenus tardive au cours des cinq dernières années. On y retrouvait un nombre presque égal d'hommes et de femmes, et les participants étaient majoritairement des travailleurs indépendants âgés de 35 à 64 ans.
Le contrat conclu pour l'exécution de la présente recherche s'élève à 46 100 $ (excluant la TPS/TVH).
Les attitudes par rapport aux dettes et aux dettes fiscales
Dans l'ensemble, la plupart des participants croyaient que le paiement tardif des impôts résulte habituellement des circonstances financières d'une personne; il n'est pas lié à différents types de personnes et à leurs attitudes ou sentiments généraux par rapport aux dettes fiscales. Les perceptions de la plupart des participants peuvent être résumées comme suit :
Alors que la plupart des participants croyaient que les paiements tardifs étaient attribuables à des circonstances plutôt que d'être liés à certains « types » de personnes, il y a eu certains échanges concernant les types de personnes qui seraient plus susceptibles d'effectuer des paiements tardifs. Les gens qui manquent habituellement d'organisation ou qui ont tendance à procrastiner sont ceux qui ont été mentionnés le plus souvent. Parmi les autres types de personnes dont on a discuté, mais qui étaient considérés comme représentant une faible proportion des payeurs d'impôts / d'acomptes provisionnels tardifs, on retrouvait les personnes qui ont souvent une attitude désinvolte par rapport au fait de devoir de l'argent et les personnes qui ne paient pas avant les délais prescrits à cause de certaines opinions qu'ils nourrissent à l'endroit du gouvernement ou du système d'imposition. Il y a lieu de prendre une autre possibilité en considération, à savoir que les payeurs d'impôts / d'acomptes provisionnels tardifs puissent se distinguer quant à la priorité qu'ils accordent au paiement des dettes fiscales par opposition à d'autres formes de dettes, bien que cet aspect n'ait pu être pleinement exploré dans le cadre de la recherche étant donné qu'elle ne comprenait pas de personnes qui paient toujours à temps. Soulignons toutefois que les participants ont cité en référence une variété de types de dépenses auxquelles ils accordent une plus grande priorité que le paiement d'impôt.
La production tardive
La principale raison évoquée par la plupart des participants pour expliquer les paiements tardifs était le manque d'argent disponible pour effectuer le paiement à la date limite. À cet égard, le motif le plus souvent mentionné pour la production tardive était l'évitement d'avoir à composer avec le manque d'argent pour effectuer le paiement des impôts. Dans une telle situation, le paiement tardif pouvait être évoqué comme étant la cause de la production tardive : la personne, sachant pertinemment qu'elle effectuera un paiement tardif des impôts dus, et pour cette raison, choisira délibérément de retarder la production de sa déclaration de revenus.
Il s'agit ici à la fois d'éviter la pression interne que ressent une personne à la pensée de composer avec cette situation, mais, plus important encore, la pression externe que pourrait imposer l'ARC. Il a été évoqué qu'une personne dans une telle situation espère éventuellement accumuler assez d'argent pour payer la totalité de la somme due, et produire sa déclaration à ce moment-là.
Plusieurs facteurs peuvent soutenir le raisonnement de l'« évitement » quant à la production tardive, soit lorsqu'une personne ne dispose pas d'assez d'argent pour payer la totalité des sommes dues. En voici quelques-uns :
Parmi les autres raisons mentionnées par plusieurs participants pour expliquer une production tardive, on retrouvait :
Le paiement tardif
Le manque d'argent comme motif de paiement tardif
La vaste majorité des participants, tant ceux qui ont des sommes à payer à la date limite de paiement que ceux qui versent des acomptes provisionnels, ont dit que la cause la plus fréquente des paiements tardifs restait le fait de ne pas avoir assez d'argent pour faire le paiement autour de la date prévue.
Les participants ont mentionné un large éventail de motifs pouvant justifier le manque d'argent pour faire un paiement, lesquels peuvent être catégorisés comme suit :
Dans le cadre du scénario du « manque d'argent », un facteur a grandement contribué à l'ampleur des montants d'impôts payés tardivement. Il s'agit de la méconnaissance du fait que le versement de sommes partielles peut constituer une option viable (notez qu'il s'agit ici d'un aspect qui touche plus particulièrement le paiement définitif des impôts, puisque les payeurs d'acomptes provisionnels étaient plus susceptibles de comprendre la possibilité qu'ils ont, et la valeur qui y est rattachée, d'acquitter au moins une partie de l'acompte provisionnel exigible à la date d'échéance). Les gens croient que l'ARC ne collaborera pas pour élaborer un calendrier de paiements, mais qu'elle insistera plutôt pour recevoir le montant total immédiatement. Il en découle que, plutôt que de produire sa déclaration à temps et d'effectuer un paiement partiel à l'échéance, une personne retardera la production pour acquitter tardivement la somme totale.
Lorsqu'on manque d'argent pour acquitter l'ensemble des factures, des choix doivent être faits quant aux factures qui seront payées en premier et à celles dont on reportera le paiement. Bien que la plupart des participants aient affirmé qu'ils considéraient les impôts à payer comme étant une dépense importante et sérieuse, la plupart d'entre eux accordaient également une priorité plus faible au paiement des impôts par rapport à d'autres dépenses. Voici le genre de dépenses qui étaient priorisées par rapport aux impôts :
Parmi les autres facteurs mentionnés par quelques participants quant à la décision de favoriser d'autres formes de dettes plutôt que les impôts à payer, on retrouvait une conviction à l'effet que le non-paiement des autres types de dettes pouvait provoquer l'affaiblissement de la cote de crédit, mais que cela ne se produit pas en ce qui concerne les impôts à payer.
Les autres motifs de paiement tardif
Quelques-uns des autres motifs avancés pour justifier un paiement tardif ont déjà été mentionnés un peu plus tôt.
Voici d'autres motifs mentionnés à l'appui d'un paiement tardif.
Afin de mettre en contexte les échanges portant sur les motifs justifiant un paiement tardif, on a aussi demandé aux participants de donner les raisons qui font que les paiements sont versés à temps. Une catégorie importante des motifs évoqués par plusieurs participants est que le paiement à temps est la chose « correcte » à faire, à savoir qu'il faut habituellement suivre les règles, qu'il est préférable de ne pas devoir de l'argent et que payer à temps aide les gens à mieux gérer leurs finances. L'autre catégorie importante des motifs soulevés avait trait au fait d'éviter les conséquences négatives, parmi lesquelles deux ont été mentionnées plus souvent, soit faire l'objet d'une attention accrue de la part de l'ARC (p. ex., une « vérification ») et les intérêts ou pénalités. Soulignons notamment que les participants avaient tendance à considérer que le fait d'éviter de faire l'objet d'une attention accrue de la part de l'ARC constituait une motivation beaucoup plus forte de payer à temps que le fait d'éviter de se voir imposer des intérêts ou des pénalités. Il semble que cela soit dû au fait que les intérêts / pénalités, bien qu'ils puissent être considérables, peuvent être payés et que le dossier est ensuite fermé, alors qu'une attention accrue de l'ARC s'accompagne du stress de composer avec les communications provenant de l'ARC et avec un facteur de risque inconnu.
Le rôle des intérêts et des pénalités dans le paiement tardif
Pour pouvoir prendre part aux groupes de discussion, tous les participants devaient avoir payé en retard un acompte provisionnel ou un paiement définitif des impôts à un moment donné au cours des cinq dernières années et avoir conséquemment payé des frais d'intérêt. On a demandé aux participants si, au moment de la décision d'effectuer un paiement tardif, ils étaient conscients de la possibilité de se voir imposer des frais d'intérêt ou des pénalités. Pratiquement aucun d'entre eux n'a dit avoir une idée précise des intérêts ou des pénalités qui pourraient être imposés par l'ARC. La grande majorité des participants ont déclaré qu'ils présumaient que cela entraînerait une certaine forme de conséquences financières négatives comme des intérêts, mais, au-delà de cette simple déduction, ils n'étaient pas en mesure de fournir des détails précis.
Il semble que peu de gens connaissent la pénalité pour production tardive si l'on se fie à l'absence de mention spontanée de cette pénalité et à la surprise exprimée par de nombreux participants lorsqu'on leur a ultérieurement présenté une description des frais d'intérêt et des pénalités de l'ARC.
On a demandé aux participants quelle avait été leur réaction subjective générale par rapport aux intérêts ou pénalités ayant fait l'objet d'un avis de cotisation en raison d'un paiement tardif. Dans le cas des personnes qui avaient une dette fiscale après la date limite de paiement, la majorité ont affirmé que les frais n'étaient pas excessifs en comparaison avec ce qu'elles pensaient, bien qu'elles n'avaient en tête aucun chiffre précis. Chez les autres personnes, certaines ont indiqué que les frais étaient supérieurs à ce qu'elles avaient pensé, alors que d'autres ont dit que les frais étaient inférieurs à ce qu'elles craignaient. En ce qui concerne les paiements tardifs d'acomptes provisionnels, les participants étaient un peu plus susceptibles d'affirmer que les frais étaient supérieurs à ce qu'ils croyaient. Peut-être en est-il ainsi parce que les intérêts sur les acomptes provisionnels (et la pénalité) ne sont pas déterminés tant que la déclaration de revenus n'a pas fait l'objet d'un avis de cotisation, les frais d'intérêt peuvent donc s'accumuler sur une plus longue période.
On a demandé aux participants si les frais qui leur avaient été imposés étaient tels que, à l'avenir, dans des circonstances financières similaires, ils seraient plus susceptibles de payer à temps. Certains n'ont pas hésité à dire qu'ils seraient effectivement plus susceptibles de payer à temps à l'avenir, mais environ le même nombre de personnes ont affirmé que si les circonstances se reproduisaient, elles paieraient de nouveau en retard. Donc, le fait de se voir imposer des frais d'intérêt ou des pénalités a effectivement un effet dissuasif pour certains, mais pas pour d'autres.
Dans une étape ultérieure du déroulement des groupes de discussion, lorsque les participants ont lu une description des frais d'intérêt et des pénalités, plusieurs ont réalisé à quel point les frais étaient sérieux. En effet, l'impression qui s'est dégagée était que certains ont montré une réaction plus forte à la description des frais qu'aux frais réels qui leur avaient été imposés.
Dans l'ensemble, il semble qu'une connaissance plus précise des intérêts et des pénalités imposés par l'ARC et de la façon dont ceux-ci sont calculés pourrait avoir un effet dissuasif plus important au moment où se prend la décision de payer en retard. Dans un tel contexte, certains participants ont proposé que l'ARC devrait s'assurer de mieux faire connaître les conséquences liées au fait de ne pas produire ou de ne pas payer avant l'échéance.
Les réactions suscitées par les descriptions des frais d'intérêt et des pénalités
Vers la fin du déroulement de la plupart des groupes de discussion, on a fourni un document aux participants leur présentant une description des frais d'intérêt et des pénalités, également disponible sur le site Web de l'ARC, et on leur a demandé ce qu'ils en pensaient.
Après une première lecture, la réaction générale était identique tant pour la version du document portant sur les acomptes provisionnels que pour celle sur le paiement définitif des impôts : la plupart des participants ont trouvé le texte difficile à comprendre, mais ont également eu l'impression que les conséquences financières d'un paiement tardif pouvaient être très graves. En effet, bon nombre des participants ont semblé trouver la description des intérêts et des pénalités plus angoissante que les intérêts et les pénalités réels qui leur avaient été imposés pour leur propre paiement tardif.
Une différence a été observée entre le document à l'intention des personnes ayant une dette fiscale après la date limite de paiement (le 30 avril) et celui pour les payeurs d'acomptes provisionnels tardifs. En effet, bien que les deux aient été perçus comme des documents difficiles à comprendre, le texte sur les acomptes provisionnels a été vu comme étant particulièrement difficile à suivre. C'est notamment le cas pour la section sur les pénalités.
Quoique la plupart des participants aient indiqué que les renseignements étaient difficiles à comprendre, divers éléments du texte ont donné l'impression que les conséquences financières d'un paiement tardif pouvaient être très graves. En voici quelques-uns :
Les perceptions relatives aux communications de l'ARC
Presque tous les participants ont affirmé que les communications écrites reçues de l'ARC portant sur un paiement tardif étaient claires et contenaient suffisamment de renseignements au sujet des intérêts ou des pénalités exigibles. La plupart ont qualifié le ton utilisé dans ces communications acceptable, disant qu'il était « explicite » ou « semblable au secteur privé ».
Le seul enjeu de taille qui a été perçu quant aux communications avait trait au message. Plus particulièrement, la majorité des participants avait le sentiment que les communications écrites provenant de l'ARC ne fournissaient aucune indication à l'effet que l'ARC était disposée à collaborer avec les gens incapables de payer immédiatement la totalité de la somme due ou qu'il était possible d'élaborer un calendrier de paiements partiels. Essentiellement, le message était « payez la totalité du montant tout de suite », sans aucune offre de solution de rechange. Notez cependant que certains participants ont indiqué avoir vu dans les communications écrites un énoncé disant que si une personne était incapable de payer, elle pouvait communiquer avec l'ARC au numéro de téléphone fourni dans la lettre.
Certains participants payaient en entier, mais d'autres finissaient par opter pour une série de paiements partiels. Habituellement, ces derniers disaient que cette solution avait été négociée en appelant l'ARC, parce qu'ils étaient incapables de payer la totalité du montant et voulaient effectuer des paiements partiels. Ces participants ont déclaré qu'au cours de ces conversations téléphoniques, c'était à eux de proposer l'option des paiements partiels, étant donné qu'elle n'était pas offerte proactivement par l'agent de l'ARC. Un seul participant avait négocié un calendrier de paiements à partir du site Web de l'ARC.
Plusieurs participants ont suggéré que l'ARC devrait, dans ses communications écrites à un payeur tardif, offrir de façon explicite une solution de rechange aux personnes incapables de payer en entier immédiatement. Cela pourrait être aussi simple qu'une directive invitant toute personne incapable de payer à téléphoner ou une présentation détaillée des options de paiement dans les communications écrites.
Quelques participants ont dit que non seulement cela faciliterait les choses pour le contribuable qui n'a pas assez d'argent pour payer la totalité d'une somme due immédiatement, mais que l'ARC réussirait aussi, selon eux, à recouvrer les sommes dues plus rapidement. Ainsi, le fait de ne pas présenter d'options ou de ne pas offrir de collaborer avec le payeur pourrait mener à un comportement d'évitement, comme celui de ne pas produire sa déclaration à temps, d'éviter de prendre les appels de l'ARC et de refuser de composer avec la situation tant qu'on n'a pas assez d'argent pour acquitter la totalité du montant. Selon eux, en offrant de collaborer avec le contribuable ou en lui offrant des options, l'ARC aurait de meilleures chances de recevoir plus rapidement à tout le moins des paiements partiels.
Une couple de participants ont proposé de se servir de la déclaration de revenus pour régler la question des personnes qui ne sont pas en mesure de payer la totalité d'une somme due immédiatement. Dans les deux groupes de discussion où cela s'est produit, les autres participants étaient d'accord avec cette suggestion. Dans un cas, la suggestion consistait à insérer une case à cocher sur la déclaration, ce qui permettrait à la personne de faire connaître son besoin de parler à un agent de l'ARC au sujet des options de paiement. L'ARC pourrait ensuite effectuer un suivi en communiquant les options. Dans l'autre cas, on suggérait de présenter les options de paiement sur la déclaration, permettant ainsi au contribuable d'en choisir une.
La rapidité des communications écrites est un enjeu propre aux payeurs d'acomptes provisionnels. En effet, certains d'entre eux ont indiqué que trop de temps s'écoulait avant qu'ils ne reçoivent une communication au sujet de leur paiement tardif. Il se peut que cette perception découle du fait que la communication des intérêts ou des pénalités sur les acomptes provisionnels peut ne pas être reçue avant l'année suivante (après que la déclaration de revenus ait fait l'objet d'une cotisation).
Dans certains des groupes de discussion, on a demandé aux participants si, dans une situation de paiement tardif, ils préféreraient recevoir un appel téléphonique de l'ARC avant la communication écrite ou au lieu de celle-ci. La quasi-totalité des participants ont affirmé qu'ils ne voudraient pas que l'on communique avec eux de cette façon et qu'ils préféreraient fortement recevoir la communication par écrit et ensuite, au besoin, appeler l'ARC. Ils s'inquiétaient de ne pas être prêts à recevoir un appel téléphonique de l'ARC ou de le recevoir à une heure ou à un endroit qui ne convient pas.